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dimanche 8 décembre 2024

La productivité américaine, pendant et depuis la pandémie

La productivité joue un rôle clé dans l’amélioration des niveaux de vie. Les gains de productivité permettent aux entreprises de réduire leurs prix, d’accroître les salaires, d’augmenter les profits, voire de diminuer la durée du travail. Ainsi, la croissance de la productivité contribue à accroître de façon soutenable le pouvoir d’achat. Or, aux Etats-Unis, comme dans bien d’autres pays développés, la croissance de la productivité du travail (mesurée par exemple en rapportant la production sur le nombre d’heures travaillées) est faible depuis plusieurs décennies. 

samedi 8 juin 2024

Comment expliquer la résilience des pays émergents ?

Par le passé, les resserrements monétaires des banques centrales des pays développées, en particulier de la Réserve fédérale, ont souvent déstabilisé les pays émergents. Ce fut notamment dans le cas au début des années 1980, lorsque le « choc Volcker » provoqua la crise de la dette en Amérique latine ; ce fut aussi le cas au milieu des années 1990 lorsque le resserrement monétaire de la Fed contribua à déclencher la « crise Tequila », puis la crise asiatique. Ces resserrements ont pu notamment accroître le coût de financement pour les pays émergents, générer des pressions sur leurs taux de change et contraindre leurs banques centrales à relever leurs propres taux directeurs (Arteta et al., 2022 ; Huertas, 2023)

vendredi 22 mars 2024

Les inégalités ont explosé en Inde ces dernières décennies

Dans une nouvelle étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales, Nitin Kumar Bharti, Lucas Chancel, Thomas Piketty et Anmol Somanchi (2024) ont combiné les données issues de nombreuses sources, notamment tirées de la comptabilité nationale et des enquêtes réalisées auprès des ménages, pour rendre compte de la dynamique des inégalités de revenu et de patrimoine en Inde.

vendredi 10 novembre 2023

Quel est l'impact des tensions financières sur l’activité économique ?

Toute étude des crises financières rencontre immédiatement une difficulté : il est difficile de définir et d’identifier clairement celles-ci. Les indicateurs objectifs habituellement utilisés pour mesurer les tensions financières peuvent mal identifier les crises. En effet, ils peuvent réagir à d’autres facteurs que les tensions financières, par exemple les changements dans la politique monétaire, ou bien ne pas saisir certaines manifestations des crises financières, notamment le rationnement du crédit. C’est ainsi que Christina Romer et David Romer (2017) ont proposé de s’appuyer sur des ressources textuelles, en l’occurrence les Perspectives économiques de l’OCDE, et d’y comptabiliser les références aux tensions financières pour construire un indicateur mesurant celles-ci.

samedi 13 août 2022

Les cycles d’affaires en Grande-Bretagne, de 1270 à 1870

Stephen Broadberry, Bruce Campbell, Alexander Klein, Mark Overton et Bas van Leeuwen (2022) ont utilisé les estimations annuelles du PIB pour étudier les cycles d’affaires qui se sont déroulés en Angleterre entre 1270 et 1700, puis en Grande-Bretagne de 1700 à 1870. Ils ont identifié les cycles d’affaires en appliquant le filtre Hodrick-Prescott aux estimations du PIB pour extraire la composante cyclique (cf. graphique).

jeudi 26 mai 2022

La Fed a-t-elle fait rebasculer l’économie américaine dans la Grande Dépression en 1937 ?

Aux Etats-Unis, la Grande Dépression n’a pas duré sans discontinuité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale ; pour être exact, l’économie américaine a connu deux récessions à la suite. Après avoir connu une contraction d’environ 30 % de son PIB réel et de 47 % de sa production industrielle entre 1929 et 1933, elle a amorcé en 1933 une reprise vigoureuse. En 1937, la production était encore inférieure de 15 % à son niveau potentiel (Balke et Gordon, 1986), mais le PNB réel était pratiquement revenu à son niveau au pic d’avant-crise. L’économie américaine rebascula cette année-là dans la récession : le PIB réel chuta de 11 % et la production industrielle de 32 % (Crafts et Fearon, 2010 ; Irwin, 2011).

mardi 26 avril 2022

Le rôle du dispositif de chômage partiel lors de la pandémie

La pandémie de Covid-19 et les mesures adoptées par les autorités en vue de la contenir, en premier lieu le confinement du printemps 2020, ont provoqué l’une des plus puissantes contractions de l’activité économique. En France, le PIB avait chuté de 31 % en avril 2020 ; sur l’ensemble de l’année 2020, il a baissé de 9 %, si bien qu’il s’agit de la plus sévère récession enregistrée pour l’économie française depuis la Seconde Guerre mondiale (cf. graphique 1).

jeudi 14 avril 2022

Tirée par l’offre ou la demande : la taille du multiplicateur budgétaire dépend-elle de la nature de la récession ?

Dans le sillage de la pandémie de Covid-19, les gouvernements ont adopté d’amples mesures de soutien budgétaire. Mais la récession provoquée par l’épidémie et les mesures sanitaires est particulièrement singulière : alors qu’habituellement les récessions, comme celle occasionnée par la crise financière mondiale de 2008, s’expliquent avant tout par une insuffisance de la demande globale, la récession pandémique tient notamment aux contraintes pesant sur l’offre, comme le suggère notamment le comportement de l'inflation (cf. graphique).

jeudi 17 février 2022

Reprise post-pandémique : quels sont les effets des goulots d’étranglement ?

Après le choc immédiat de la pandémie, en particulier des premiers confinements, l’activité économique a vite rebondi, mais la reprise s’est retrouvée contrainte du côté de l’offre : non seulement la demande a fortement rebondi alors même que l’offre est relativement inélastique à court terme, mais en outre la demande s’est réallouée des services vers les biens (cf. graphique 1), entraînant des goulots d’étranglement. Les délais de livraison se sont creusés, les frais de transport ont explosé, des pénuries d’intrants et de biens finaux sont apparues et le prix de plusieurs biens a fortement augmenté, alimentant plus globalement les pressions inflationnistes.

samedi 18 décembre 2021

Comment évolue la dette publique suite à une récession mondiale ?

En 2020, l’économie mondiale a connu la plus forte contraction qu’elle ait subie depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans son sillage, les gouvernements ont adopté des mesures de soutien budgétaire sans précédent. Avec la récession et les mesures budgétaires, la dette publique mondiale a connu la plus forte hausse sur une année qu’elle ait connue depuis au minimum 1970. En conséquence, elle a atteint 90 % du PIB, soit le niveau le plus élevé qu’elle ait atteint depuis au minimum un demi-siècle. Dans les pays développés, la dette publique n’avait également pas atteint un niveau aussi élevé (en l’occurrence 123 % du PIB) au cours de ces cinq dernières décennies ; dans les pays en développement, elle a retrouvé un niveau qu’elle n’avait plus atteint depuis 1987 (cf. graphique 1).

samedi 27 novembre 2021

La pandémie de Covid-19, un puissant choc pour les économies dépendantes du tourisme

Les recettes et dépenses mondiales dans les services de voyages internationaux s’élevaient à environ 1.450 milliards de dollars en 2019 ; elles avaient augmenté d’environ 5 % par an en moyenne depuis le début de la décennie 2010. Elles représentaient 23 % de l’ensemble des exportations mondiales de services en 2019 (cf. graphique 1).

lundi 15 novembre 2021

Crédit, récessions et inégalités

Plusieurs travaux suggèrent que les inégalités de revenu tendent à exacerber le risque ou l'ampleur d'événements comme les récessions et les crises financières. Après avoir noté que la Grande Dépression des années 1930 et la Grande Récession de 2008 avaient toutes deux été précédées par une hausse des inégalités de revenu, Michael Kumhof et alii (2021) ont montré qu’une telle dynamique de la répartition des revenus était susceptible d’alimenter le risque d’instabilité financière, notamment en incitant les ménages à bas revenus et les classes moyennes à s’endetter. De leur côté, Emanuel Kohlscheen et alii (2021) ont montré que les inégalités de revenu tendaient à aggraver les récessions.

samedi 2 octobre 2021

Le rôle de la demande dans l’effondrement des échanges lors de la pandémie

Le commerce mondial s'est brutalement effondré durant la crise financière mondiale en 2009 et durant la phase la plus aigue de la crise du Covid-19 l’année dernière. Durant la crise financière mondiale, le volume combiné du PIB des pays de l’OCDE s’est contracté d’environ 5 % et le volume des importations de biens et services de 17 % entre le pic et le creux ; lors de la crise sanitaire, ces chiffres ont été respectivement de 12 % et 20 %. En termes de magnitude, la chute des échanges a été assez similaire lors des deux épisodes. Relativement à la chute du PIB, l’effondrement des échanges lors de la pandémie a été moindre que celui observé en 2009. 

lundi 27 septembre 2021

La vigueur d’une reprise dépend de la composition de la demande

Le profil d’une reprise dépend étroitement du comportement des ménages et des entreprises : elle sera d’autant plus forte qu’ils expriment une demande de rattrapage. Ainsi, l’économie a d’autant plus de chances de revenir sur la trajectoire qu’elle suivait avant la crise et d’effacer les effets de cette dernière que les agents sont désireux (et à même) de réaliser les dépenses qu’ils se sont privés de réaliser lors de la récession.

lundi 9 août 2021

Les chocs d’offre keynésiens ont-ils un rôle dans le cycle d’affaire ?

Alors que les récessions résultent en général de chocs de demande, la récession associée à l’épidémie de Covid-19 a été le fruit de chocs touchant aussi bien l’offre globale que la demande globale. Lorsqu'éclata la pandémie, toute une littérature a alors rapidement émergé pour préciser les effets des chocs d’offre. Par exemple, Veronica Guerrieri et alii (2020) ont proposé un modèle dans lequel des chocs d’offre touchant un certain nombre de secteurs dans l’économie sont susceptibles de voir leurs effets être aggravés du côté de la demande globale, au point que cette dernière peut en définitive davantage s’écrouler que l’offre. En l’occurrence, dans leur modèle, ces « chocs d’offre keynésiens » apparaissent du fait que les secteurs touchés par le choc initial proposent des biens complémentaires à ceux proposés par d’autres secteurs, si bien que les consommateurs qui ne peuvent plus acheter auprès des premiers secteurs réduisent aussi leur consommation auprès des seconds. Emmanuel Farhi et David Baqaee (2020) ont abouti à des résultats similaires dans le cadre d’un modèle où ce sont les biens de production qui sont complémentaires. Pour Luca Fornaro et Martin Wolf (2020), les chocs d’offre peuvent devenir keynésiens via le canal de l’investissement, donc la mesure où les entreprises qu'ils touchent réagissent en baissant leurs dépenses d'investissement ; par ce biais, un choc même transitoire est d'ailleurs susceptible d'avoir des effets permanents sur l'activité. De leur côté, Ricardo Caballero et Alp Simsek (2020) montrent que des chocs d’offre négatifs peuvent fortement détériorer la demande globale via leurs effets sur les prix d’actifs.

samedi 31 juillet 2021

Comment s’ajuste le compte courant dans le sillage d’une récession ?

Christina Kolerus (2021) a étudié la dynamique des comptes externes au cours de 278 épisodes de récession qui ont été enregistrés au cours de ces 60 dernières années. Son analyse montre que les récessions sont suivies d’une amélioration durable du compte courant : le solde courant s’améliore de l’équivalent d’environ 1,5 % du PIB au cours de la première année et cet effet se maintient pendant cinq ans avant de se dissiper (cf. graphique). L’amélioration est initialement provoquée par une chute ample et durable de l’investissement ; dans l’immédiat, la politique budgétaire contracyclique tend à faire réduire l’épargne agrégée, mais celle-ci est stimulée à moyen terme par le désendettement, notamment du secteur privé. Ces dynamiques ont en effet tendance à réduire les importations en déprimant la demande intérieure. 

jeudi 10 juin 2021

Cette fois, ce n’est pas différent : la dynamique des rémunérations et des heures travaillées pendant la pandémie

Afin d'observer l'évolution des rémunérations et du temps de travail lors du cycle d'affaires, Brian Bell, Nicholas Bloom et Jack Blundell (2021) ont utilisé une base de données administratives relatives aux rémunérations au Royaume-Uni allant de la période allant de 1975 à 2020, une période marquée par quatre récessions (cf. graphique). 

mardi 25 mai 2021

Les inégalités aggravent les récessions

Ces quatre dernières décennies, les inégalités de revenu ont eu tendance à augmenter dans les pays développés, en particulier dans les pays anglo-saxons, voire également dans les grands pays émergents. Par exemple, aux Etats-Unis, les 1 % des Américains les plus rémunérés gagnaient 45 % de l’ensemble des revenus avant impôt, contre 34 % en 1980. L’une des questions qui se pose est de savoir quels sont les effets d’un tel creusement des inégalités de revenu sur la croissance économique ; cette question a suscité beaucoup d'attention depuis la crise financière mondiale, dans la mesure où la hausse des inégalités semble avoir été à l'origine de celle-ci [Kumhof et alii, 2013].