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samedi 7 décembre 2024

Dans quelle mesure les préférences environnementales se traduisent-elles par un vote écologiste ?

Les préoccupations environnementales ont fortement augmenté ces dernières décennies et une très grande majorité de la population, dans chaque pays, déclare être préoccupée par les problèmes environnementaux. Par exemple, selon un sondage réalisé par le PNUD dans plus de 70 pays, 70 % des répondants sont d’accorder avec l’affirmation selon laquelle le changement climatique affecte leur vie quotidienne et plus de 80 % déclarent désirer que le gouvernement de leur pays entreprenne davantage d’actions pour protéger et restaurer la nature et respecte davantage les engagements pris dans la lutte contre le changement climatique. Pourtant, les partis écologistes continuent d’obtenir une part relativement réduite des suffrages lors des élections. Cela pourrait refléter plus largement l’existence d’un « écart entre les intentions et l’action » (value-action gap) : les populations les plus soucieuses de la protection de l’environnement (typiquement les riches, qui ont l’empreinte écologique et l’empreinte carbone les plus élevées) sont généralement celles qui le comportement le moins respectueux de l’environnement. 

samedi 11 mars 2023

Capital humain et changement climatique

Les personnes se révèlent d’autant plus inquiètes quant au changement climatique qu’elles seraient diplômées. C’est notamment une corrélation positive qu’a pu mettre en évidence une enquête menée par le Pew Research Center au niveau mondial (Fagan et Huang, 2019). Il est probable que l’institution scolaire inculque aux élèves qui la fréquentent des connaissances leur permettant de mieux saisir la mécanique du climat et par conséquent la menace que représente le dérèglement climatique. Si c’est le cas, la scolarisation contribuerait à ce que les individus ajustent davantage leur propre comportement de façon à le rendre moins énergivore, mais elle pourrait aussi stimuler la demande d’une action publique en faveur de l’environnement et faciliter l’adoption de mesures climatiques, par exemple en amenant les individus à voter davantage en faveur de candidats ou partis mettant l’accent sur la préservation de l’environnement dans leur programme. 

samedi 8 octobre 2022

Nos angoisses écologiques nous poussent-elles à faire moins d’enfants ?

Les médias évoquent désormais régulièrement la notion d’éco-anxiété. Certains développent notamment l’idée que les angoisses écologiques puissent remettre en cause chez les plus jeunes générations l’envie d’avoir des enfants, par exemple par souci de contribuer le moins possible aux dégradations environnementales ou par inquiétude des répercussions de ces dernières sur le bien-être des générations futures.

samedi 5 février 2022

Les Gilets jaunes, les croyances pessimistes et l’aversion à la taxe carbone

Le mouvement des Gilets jaunes a été amorcé par le projet d’introduction d’une taxe environnementale au prix des carburants, dans un contexte où ce dernier avait fortement augmenté. Même si une minorité de la population française a participé à ce mouvement et si ses participants ont inclus de façon disproportionnée des sympathisants d’extrême-gauche et d’extrême-droite, il a bénéficié d’un large soutien parmi l’ensemble de la population.

mardi 7 décembre 2021

Pourquoi peu d’économistes travaillent sur le changement climatique ?

Le changement climatique est considéré comme l’un des problèmes les plus importants, si ce n'est el plus important, auquel l’humanité fait actuellement face. Plusieurs études suggèrent notamment qu’il provoquera d’importants dommages économiques, que les mesures adoptées pour le freiner sont elles-mêmes susceptibles de pénaliser l'activité économique, du moins à court terme, etc.

Les économistes ont donc a priori toutes les raisons de s'y intéresser. Pourtant, ils sont relativement peu à travailler sur le sujet. Selon Andrew Oswald et Nicholas Stern (2019), qui notent le très faible nombre d’articles portant sur le thème du changement climatique dans les revues les plus prestigieuses, la science économique serait piégée dans un véritable « équilibre de Nash sous-optimal » : chaque économiste serait peu incité à travailler sur ce thème précisément parce que les autres économistes ne travaillent pas dessus. En l’occurrence, les économistes délaisseraient la question du changement climatique parce qu’ils penseraient qu’ils ont peu de chances de voir un article traitant de ce thème être publié par une revue prestigieuse.

samedi 21 août 2021

Les conséquences macroéconomiques de la transition vers la neutralité carbone

Ces dernières semaines, les mégafeux qui ont touché plusieurs continents et la publication du nouveau rapport du GIEC ont rappelé l’extrême urgence de procéder à la décarbonation de l’économie : le monde devra atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 pour espérer limiter la hausse des températures à 2 °C. En faisant l’hypothèse optimiste que cet objectif sera atteint, Jean Pisani-Ferry (2021) s’est demandé quelles seront les répercussions macroéconomiques de cette transition écologique. 

mardi 20 juillet 2021

Dans quelle mesure la taxe carbone est-elle efficace ? Petite leçon finlandaise

La majorité des économistes s’accordent pour considérer que la taxation des émissions de gaz à effet de serre constitue l’instrument le plus efficace pour (tenter de) concilier la poursuite de la croissance économique avec le ralentissement du changement climatique. L’idée remonte à Arthur Ceci Pigou (1920) et elle a notamment été développée par Martin Weitzman (1974), Nicholas Stern (2007) et William Nordhaus (2019). Pour autant, il y a peu d’analyses empiriques cherchant à évaluer l’efficacité ex post de ce dispositif [Green, 2021]. L’une des raisons est tout simplement que peu de pays taxent effectivement les émissions de gaz à effet de serre : la Finlande a été le premier pays à adopter une taxe carbone, en l’occurrence en 1990. 

jeudi 8 juillet 2021

Le rôle des normes, des préférences et des valeurs dans la lutte contre le changement climatique

Peter Andre, Teodora Boneva, Felix Chopra et Armin Falk (2021) ont cherché à déterminer quelle est la disposition individuelle à combattre le changement climatique, c’est-à-dire la disposition à adopter un comportement plus favorable à la préservation du climat, mais susceptible de se révéler coûteux dans l’immédiat. Pour cela, ils se sont appuyés sur un large échantillon représentatif de la population adulte aux Etats-Unis composé de 8.000 individus. Pour éliciter la disposition individuelle à combattre le réchauffement climatique, ils ont demandé à chaque répondant de partager 450 dollars entre lui-même et une organisation caritative impliquée dans cette lutte. 

mercredi 16 juin 2021

Les accords internationaux contribuent à réorienter l’innovation en faveur de l’environnement

Le progrès technique joue un rôle fondamental pour atténuer les effets pervers de la croissance économique et, peut-être, permettre à celle-ci de se poursuivre à long terme tout en sauvegardant un minimum des ressources naturelles et contenir le changement climatique. Pour atteindre ces objectifs, les entreprises doivent en effet réorienter leur production : d’une part, elles doivent chercher à produire en utilisant moins de ressources naturelles et en polluant moins et, d’autre part, elles doivent proposer des produits moins énergivores et polluants à l’usage. Elles peuvent être plus ou moins directement incitées à le faire : la raréfaction de certains ressources naturelles, qui devrait se traduire par la hausse de leurs prix, incite directement les entreprises à rechercher des substituts ; les firmes peuvent être plus indirectement incitées à verdir leur production si leur clientèle exige une production et des produits plus éco-responsables ; les autorités publiques peuvent chercher à contenir l’usage et des produits polluants des ressources naturelles menacées de disparition, que ce soit en l’interdisant ou du moins en le limitant via la réglementation ou en le taxant. Mais une telle réorientation de la production n’est véritablement possible que si des substituts plus verts existent, d’où l’importance du progrès technique : si les substituts n’existent pas, ils doivent être trouvés. Ne serait-ce qu’en créant de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités de marché, le fait que la demande de substituts augmente est susceptible de stimuler l’innovation verte [Jaffe et alii, 2002 ; Popp et alii, 2010 ; Popp, 2019].

samedi 5 juin 2021

Quels sont les coûts politiques de l’adoption de mesures climatiques ?

Les gouvernements peinent à adopter des mesures de politique d’atténuation des gaz à effet de serre suffisamment ambitieuses pour espérer contenir la hausse des températures d’ici 2100 en-deçà des 2 °C comme le prévoit l’Accord de Paris signé il y a maintenant plus de cinq ans. En conséquence, c’est bien le scénario d’une hausse de 4 °C vers lequel nous semblons nous diriger, et ce en supposant qu’il n’y ait pas de phénomènes d’emballement.