Les niveaux de fécondité ont fortement décru dans pratiquement chaque pays dans le monde, mais le calendrier de cette baisse n’a pas été le même parmi les pays développés. En Europe, en Asie et en Amérique du nord, les taux de fertilité de certains pays ont chuté sous le taux de renouvellement (le seuil de 2,1) dès 1970. Dans d’autres pays, les taux de fertilité sont restés importants jusqu’aux années 1990, mais chuté ensuite.
vendredi 3 janvier 2025
Les bébés et la macroéconomie
samedi 8 juin 2024
Comment expliquer la résilience des pays émergents ?
Par le passé, les resserrements monétaires des banques centrales des pays développées, en particulier de la Réserve fédérale, ont souvent déstabilisé les pays émergents. Ce fut notamment dans le cas au début des années 1980, lorsque le « choc Volcker » provoqua la crise de la dette en Amérique latine ; ce fut aussi le cas au milieu des années 1990 lorsque le resserrement monétaire de la Fed contribua à déclencher la « crise Tequila », puis la crise asiatique. Ces resserrements ont pu notamment accroître le coût de financement pour les pays émergents, générer des pressions sur leurs taux de change et contraindre leurs banques centrales à relever leurs propres taux directeurs (Arteta et al., 2022 ; Huertas, 2023).
samedi 23 septembre 2023
Le vieillissement démographique, un frein à la croissance économique
La croissance et la structure en âge d’une population se modifient à mesure qu’elle amorce, poursuit et achève sa transition démographique. La transition démographique débute quand le taux de mortalité chute, alors même que le taux de natalité reste élevé, ce qui entraîne notamment un boom des naissances. Une quinzaine d’années après ce boom des naissances, la part de la population en âge de travailler va s'accroître : les rangs de la main-d’œuvre disponible augmentent et celle-ci rajeunit. La croissance économique s’en trouvera alors stimulée : c’est le « dividende démographique » (demographic dividend) (Bloom et al., 2023). La transition démographique s’achève quand le taux de natalité rejoint le taux de mortalité à un faible niveau. La main-d’œuvre va alors vieillir avec le tassement de l’arrivée des jeunes sur le marché du travail, puis la part de la population en âge de travailler va chuter avec la multiplication des départs à la retraite. La croissance économique s’en trouvera alors déprimée : c’est le « frein démographique » (demographic drag).
mercredi 30 novembre 2022
Quels sont les effets des chocs pétroliers quand les taux d’intérêt sont à leur borne zéro ?
Le prix du pétrole brut WTI avait atteint les 123 dollars en mars dernier, soit un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis la crise financière mondiale. Mais alors qu’il y a quatorze ans, la hausse des prix du pétrole s’expliquait avant tout par la hausse de la demande, celle observée en début d’année tient surtout aux perturbations du côté de l’offre. En outre, cette dernière est survenue dans un contexte où le principal taux directeur de la Réserve fédérale était à proximité de zéro, c'est-à-dire lors d'une période de borne inférieure zéro (zero lower bound).
dimanche 2 octobre 2022
Démocratie et revenu : une relation en forme de U ?
La question de la relation entre structuration du pouvoir politique et développement économique a suscité très tôt des réflexions de la part des économistes. Dans un article très influent, Seymour Lipset (1959) a développé la « théorie de la modernisation » : d’après lui, le développement économique favoriserait l’apparition et le renforcement de la démocratie.
samedi 30 juillet 2022
Comment se comporte la croissance suite aux explosions de dette ?
Les niveaux de dette publique et de dette privée ont fortement augmenté dans le sillage de la pandémie. En l’occurrence, les déficits publics se sont fortement creusés avec l’effondrement des recettes fiscales lié à la contraction de l’activité, l’activation des stabilisateurs automatiques et l’adoption de mesures discrétionnaires en vue de soutenir l’activité. Beaucoup craignent que cette hausse de l’endettement nuise à la croissance économique.
vendredi 22 juillet 2022
Le comportement de la productivité américaine : une nouvelle interprétation
Après plus de deux décennies où elle s’est maintenue à un faible rythme, la croissance de la productivité avait connu une brève accélération à partir du milieu des années 1990 aux Etats-Unis : de 1996 à 2004, celle-ci a augmenté de 3,3 % par an en moyenne. Puis sa croissance a fortement ralenti au milieu des années 2000, avant même qu’éclate la crise financière mondiale. En l’occurrence, la décennie 2010-2019 a été marquée par la plus faible croissance de la productivité qui ait été enregistrée aux Etats-Unis : au cours de la période, la productivité n’a augmenté en moyenne que de 1,1 % par an. Mais celle-ci a rebondi dans le sillage de la pandémie : elle a augmenté au rythme moyen de 4,1 % sur l’ensemble de l’année 2020, avant de fortement ralentir au rythme de 0,6 % lors des cinq trimestres suivants.
samedi 30 avril 2022
Une hausse non anticipée de la dette publique nuit-elle à la croissance ?
Depuis la crise financière mondiale, qui a fortement alourdi l’endettement public des pays développés, de nombreuses études ont cherché à déterminer empiriquement si la hausse publique tendait à nuire à la croissance économique. Cette vague de littérature a notamment été impulsée par l’étude séminale réalisée par Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2010), qui suggérait que des ratios de dette publique sur PIB supérieurs à 90 % étaient associés à une moindre croissance économique. Cette question a de nouveau gagné en intérêt ces deux dernières années avec la pandémie. Celle-ci s’est traduite par une hausse de la dette publique de 83,7 % à 98,8 % du PIB au niveau mondial entre 2019 et 2021 et de 103,7 % à 122,5 % du PIB dans les seuls pays développés, selon les Perspectives de l’économie mondiale en juillet dernier (cf. graphique 1).
lundi 25 avril 2022
L’hypothèse d’une croissance additive
Suite à l’article séminal de Robert Solow (1956), la théorie de la croissance s’est fondée sur l’hypothèse d’une croissance exponentielle de la productivité globale des facteurs (PGF). Pourtant, d’un pays à l’autre et d’une période à l’autre, Thomas Philippon (2022) constate que la croissance de la PGF se révèle en fait linéaire : chaque année, la PGF augmente d’un certain pourcentage, non pas par rapport à sa valeur l’année précédente, mais par rapport à sa valeur initiale.
jeudi 17 février 2022
Reprise post-pandémique : quels sont les effets des goulots d’étranglement ?
Après le choc immédiat de la pandémie, en particulier des premiers confinements, l’activité économique a vite rebondi, mais la reprise s’est retrouvée contrainte du côté de l’offre : non seulement la demande a fortement rebondi alors même que l’offre est relativement inélastique à court terme, mais en outre la demande s’est réallouée des services vers les biens (cf. graphique 1), entraînant des goulots d’étranglement. Les délais de livraison se sont creusés, les frais de transport ont explosé, des pénuries d’intrants et de biens finaux sont apparues et le prix de plusieurs biens a fortement augmenté, alimentant plus globalement les pressions inflationnistes.
dimanche 12 décembre 2021
Ecarts de productivité et réallocation des facteurs
La croissance de la productivité semble avoir ralenti dans l’ensemble des pays développés dans les années 2000 (Bergeaud et alii, 2016). Pour expliquer ce phénomène, certains, comme Robert Gordon (2012), ont mis l’accent sur l’essoufflement de l’innovation et, plus largement, sur le ralentissement de la croissance à la frontière technologique. D’autres ont plutôt pointé du doigt une possible dégradation dans l’allocation des facteurs de production en notant que les écarts de productivité entre les entreprises à la frontière technologique et celles qui sont en retard sur celle-ci semblent s’être creusés. Par exemple, certains, comme Dan Andrews et alii (2015) suggèrent que la révolution numérique a permis aux firmes meneuses de consolider leur position dominante dans la mesure où les effets de réseau associés aux technologies d'information et de communication peuvent agir comme barrières à l’entrée et entraîner ainsi des phénomènes à la winner-takes-the-most.
lundi 23 août 2021
Comment s’est comportée la productivité du travail pendant la pandémie ?
Aux Etats-Unis, la productivité du travail a augmenté en moyenne de 1,5 % par an de 1973 à 1995. Ensuite, sa croissance s’est fortement accélérée, notamment avec les gains tirés des technologies d’information et d’information : de 1996 à 2004, elle s’est maintenue au rythme moyen de 3,25 % environ. Elle a ensuite fortement ralenti, et ce avant même qu’éclate la crise financière mondiale, pour revenir au rythme annuel moyen de 1,5 % sur la période allant de 2005 à 2019 et même de moins de 1 % sur la période allant de 2011 à 2019.
samedi 21 août 2021
Les conséquences macroéconomiques de la transition vers la neutralité carbone
Ces dernières semaines, les mégafeux qui ont touché plusieurs continents et la publication du nouveau rapport du GIEC ont rappelé l’extrême urgence de procéder à la décarbonation de l’économie : le monde devra atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 pour espérer limiter la hausse des températures à 2 °C. En faisant l’hypothèse optimiste que cet objectif sera atteint, Jean Pisani-Ferry (2021) s’est demandé quelles seront les répercussions macroéconomiques de cette transition écologique.
mercredi 18 août 2021
Pourquoi le bien-être ne réagit-il pas de la même façon à une hausse qu’à une baisse du PIB ?
Une hausse donnée du PIB n’augmente pas autant le bien-être qu’une baisse de la même ampleur du PIB ne le réduit. En effet, Jan-Emmanuel De Neve et alii (2018) ont mis en évidence une asymétrie dans la façon par laquelle les variations du PIB affectent le bien-être. En s’appuyant sur les données subjectives tirées de trois bases de données différentes (le Gallup World Poll mené dans 150 pays, l’eurobaromètre et l’enquête BRFSS réalisée aux Etats-Unis), ils ont constaté que les mesures de la satisfaction de vivre sont au moins deux fois plus sensibles à la décroissance qu’à la croissance.
jeudi 29 juillet 2021
Comment expliquer le déclin du Portugal ?
L’Europe a connu une « Petite Divergence » avant même que s’amorce la Révolution industrielle : autour du dix-septième siècle, l’Europe du nord-ouest prit une avance économique durable sur le reste de l’Europe, notamment vis-à-vis du Portugal. Au milieu du dix-septième siècle, la production par tête du Portugal était plus élevée que celle de la France et de l’Espagne ; elle était certes inférieure à celle de l’Angleterre et des Pays-Bas, mais elle avait tendance à converger vers celles-ci (cf. graphique). Un siècle plus tard, le Portugal était le pays le plus pauvre d’Europe de l’ouest. Alors que l’économie portugaise était jusqu’alors très dynamique et connaissait régulièrement des taux de croissance supérieurs à ceux de l’Angleterre, le tout début du dix-huitième siècle marque une rupture : le PIB et les salaires bruts du Portugal s’effondrèrent, alors que ceux de l’Angleterre augmentèrent plus rapidement [Palma et Reis, 2019].
vendredi 25 juin 2021
Quelle a été la contribution de l’esclavage à la croissance américaine ?
Les pays européens ont eu recours à l’esclavage à l’instar des Etats-Unis, mais, à la différence de ces derniers, ils n’y ont guère recouru sur leur territoire métropolitain, n’y recourant essentiellement que dans leurs colonies outre-mer. L’esclavage a par contre été une « institution » de premier ordre sur le sol américain en y fournissant une importante main-d'œuvre bon marché et, malgré qu'il ait été aboli depuis un siècle et demi, son héritage continue de peser sur la société américaine, notamment en façonnant très étroitement les inégalités ethniques.
samedi 29 mai 2021
Quand la croissance a-t-elle débuté ?
La croissance économique est un phénomène récent au regard de l’ensemble de l’histoire humaine. On considère traditionnellement qu’elle n’a vraiment débuté qu’autour de 1800. Jusqu’alors la croissance était essentiellement tirée par la croissance démographique ; dans ce régime « malthusien », toute hausse du niveau de vie était rapidement annulée par une hausse de la population, si bien que les niveaux de vie stagnaient quasiment à long terme. C’est la Révolution industrielle qui aurait permis le décollage de la croissance, mais dans une zone géographiquement limitée où elle fut le théâtre. S’ensuivit une véritable « Grande Divergence » entre les niveaux de vie entre l’Europe occidentale et le reste du monde.