En 2018, la première administration Trump a adopté une série de droits de douane, ciblant tout particulièrement les importations en provenance de Chine, marquant ainsi un « retour du protectionnisme » aux Etats-Unis (Fajgelbaum et al., 2020). L’administration Biden n’a pas retiré ces droits de douane ; elle en a même adoptés de nouveaux, notamment sur les véhicules électriques. En 2025, la seconde administration Trump a fortement augmenté les droits de douanes, notamment dans le sillage du « Jour de la libération » : en moyenne, ceux-ci sont passés de 2,4 % à 9,6 %, c’est-à-dire ont atteint un niveau qui n’avait plus été observé depuis huit décennies (cf. graphique 1). Elle a évoqué plusieurs objectifs motivant l’adoption de ces mesures protectionnistes : notamment réduire les prix des produits importés (hors droits de douane), réduire le déficit commercial américain, accroître les recettes fiscales américaines, découpler le commerce américain de la Chine, réorienter les échanges américains au profit de pays « amis », relocaliser les activités stratégiques sur le sol américain et accroître l’accès des entreprises américaines aux marchés étrangers.
Pablo Fajgelbaum et Amit Khandelwal (2026) ont étudié la structure de ces nouveaux droits de douane et leurs effets sur l’économie américaine. Ils se sont appuyés sur le cadre développé par Fajgelbaum et al. (2020) et sur des données allant jusqu’à décembre 2025.
Ils concluent que l’impact sur l’économie américaine a été quasiment nul : les estimations vont d’une perte équivalente à 0,13 % du PIB à un gain équivalent à 0,1 % du PIB, selon la réaction des termes de l’échange des Etats-Unis.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi les récents droits de douane n’ont pas eu, au niveau agrégé, un effet nocif sur l’économie américaine. Tout d’abord, les autorités américaines ont autorisé une part significative (57 %) des importations à entrer en franchise de droits. C’est en particulier le cas des importations en provenance du Canada et du Mexique. En outre, les droits de douane effectivement appliqués aux frontières ont été bien moindres que ceux officiellement affichés par les autorités et relayés par les médias. De plus, à l’exception de la Chine, la majorité des pays n’ont pas adopté de mesures de représailles à l’égard des Etats-Unis (cf. graphique 2). Enfin, les recettes fédérales générées par la hausse des droits de douane et les gains des producteurs américains ont largement compensé les droits de douane payés par les importateurs américains. En effet, les recettes douanières perçues en 2025 se sont élevées à 264 milliards de dollar, soit un montant trois fois supérieur à celui perçu en 2024. Elles ont représenté 4,9 % des recettes fédérales, contre 1,6 % au cours de la décennie précédente, et équivalaient 0,80 % du PIB, soit un niveau qui n’avait pas été enregistré ces 110 dernières années.
Cela dit, si l’impact agrégé des droits de douane sur l’économie américain a été nul, ceux-ci ont eu d’importants effets redistributifs. La hausse des droits de douane s’est fortement répercutée sur les prix, mais pas entièrement : 90 % de la hausse des droits de douane a été absorbée par les importateurs et seulement 10 % par les exportateurs étrangers.
La hausse des droits de douane a-t-elle été efficace, dans le sens où elle a permis d’atteindre les objectifs évoqués par l’administration ? Elle a permis d’accroître les recettes fédérales et elle a contribué à découpler l’économie américaine de l’économie chinoise, en réduisant la part de la Chine dans les importations américaines : ce découplage avait commencé en 2018, sous la première administration Trump ; il s’est accéléré en 2025 et il semble bien avoir été causé par les droits de douane.
En revanche, les données ne permettent pas de conclure qu’elle a entraîné une baisse des prix à l’importation (hors droits de douane). Les droits de douane ne semblent pas avoir amélioré le solde commercial : en 2025, le déficit commercial a légèrement augmenté et l’emploi dans l’industrie a légèrement diminué. Il ne semble pas non plus qu’ils aient réorienté les échanges américains au profit des pays « amis » ou qu’ils aient entraîné une relocalisation des activités stratégiques sur le sol étasunien : le montant des droits de douane ne semble pas corrélé avec l’alignement géopolitique des pays avec les Etats-Unis et il n’est que légèrement inférieur pour les pays-membres de l’OTAN que pour le reste du monde.
Fajgelbaum et Khandelwal n’ont pas exploré toutes les répercussions des droits de douane sur l’économie américaine. Il reste notamment à savoir quelles ont été les répercussions de l’incertitude autour des droits de douane et les effets à plus long terme, notamment sur l’accumulation du capital, l’usage de la main-d’œuvre et la productivité.
Références
Pablo D. Fajgelbaum, Pinelopi K. Goldberg, Patrick J. Kennedy & Amit K. Khandelwal (2020), « The return to protectionism », The Quarterly Journal of Economics, vol. 135.

