Plusieurs travaux ont mis en évidence une relation en forme de U entre le niveau de bien-être des individus et l’âge : le bien-être tend à diminuer à partir de la fin de l’adolescence et commencerait à remonter à partir d’un certain âge autour de 50 ans (Blanchflower et Oswald, 2008 ; Blanchflower, 2021 ; Perona et al., 2023). Plusieurs explications ont été proposées pour expliquer le profil de cette relation, notamment des explications d’ordre biologique.
samedi 4 janvier 2025
Pourquoi la vie s’améliore après 50 ans… pour certains
dimanche 8 décembre 2024
La productivité américaine, pendant et depuis la pandémie
La productivité joue un rôle clé dans l’amélioration des niveaux de vie. Les gains de productivité permettent aux entreprises de réduire leurs prix, d’accroître les salaires, d’augmenter les profits, voire de diminuer la durée du travail. Ainsi, la croissance de la productivité contribue à accroître de façon soutenable le pouvoir d’achat. Or, aux Etats-Unis, comme dans bien d’autres pays développés, la croissance de la productivité du travail (mesurée par exemple en rapportant la production sur le nombre d’heures travaillées) est faible depuis plusieurs décennies.
vendredi 21 juin 2024
Le chômage a des effets permanents sur le bien-être
De nombreux travaux ont montré que le chômage est associé à une perte en bien-être (Clark et Oswald, 1994 ; Winkelmann et Winkelmann, 1998 ; Dolan et al., 2008 ; Stutzer et Frey, 2010). Parmi eux, certaines analyses suggèrent également que cette perte de bien-être se maintient après la sortie du chômage, mais ces différentes études ne cherchent généralement pas à déceler un impact du chômage sur le bien-être au-delà de quelques années après l’expérience du chômage.
dimanche 19 mai 2024
L’importance négligée de l’offre de travail en macroéconomie
Le modèle de Solow et le modèle IS/LM sont sûrement les deux modèles les plus enseignés aux étudiants en macroéconomie, lors de leurs cours et dans les pages des manuels. Richard Rogerson (2024) regrette que ni l’un, ni l’autre ne prête guère attention à l’offre de travail. Le premier, modélisant le comportement de la croissance à long terme, suppose que la quantité de travail est simplement proportionnelle à la taille de la population ; le second, focalisé sur le court terme, suppose implicitement que la quantité de travail est déterminée par la demande de travail. Rogerson estime qu’il s’agit d’une terrible omission.
mercredi 8 mai 2024
Quel sera l’effet de l’intelligence artificielle sur la prime de qualification ?
Ces dernières décennies, notamment dans le sillage de la révolution informatique, les travailleurs peu qualifiés ont été davantage exposés à l’automatisation que les travailleurs très qualifiés : les machines, notamment les robots industriels, ont été capables de réaliser un éventail croissant de tâches manuelles routinières, typiquement celles réalisées par les moins qualifiés. Au contraire, le déploiement des nouvelles technologies a pu accroître la demande de travailleurs qualifiés, donc leur permettre de bénéficier plus facilement d'une revalorisation salariale. Par conséquent, ces technologies ont pu avoir tendance à augmenter la prime de qualification (skill premium), c’est-à-dire le différentiel de salaires entre travailleurs très qualifiés et peu qualifiés, et à creuser les inégalités salariales (Acemoglu, 1998 ; Acemoglu et Restrepo, 2018). Avec la mondialisation, le progrès technique a ainsi pu contribuer à déstabiliser la classe moyenne, notamment aux Etats-Unis.
vendredi 29 mars 2024
La « Grande Compression » des inégalités salariales aux Etats-Unis
Comme l’ont notamment montré Claudia Goldin et Robert Margo (1992), les inégalités salariales ont fortement diminué aux Etats-Unis au cours des années entourant la Seconde Guerre mondiale. Si le constat d’une « Grande Compression » (Great Compression) des inégalités salariales semble vérifié, plusieurs questions.
mercredi 7 février 2024
Comment les récessions affectent-elles la trajectoire scolaire et professionnelle des jeunes générations ? Quelques leçons scandinaves
Lors des récessions, le chômage tend à augmenter. Certains groupes de travailleurs (par exemple les moins qualifiés) et certains secteurs (par exemple l’industrie et la construction lors de la Grande Récession) sont davantage exposés que d’autres à la dégradation du marché du travail. En outre, les effets d’une récession sur la trajectoire professionnelle tendent à être persistants : ceux qui perdent leur emploi lors d’une récession connaissent ultérieurement de moindres salaires que ceux qui l’ont gardé. Les répercussions des récessions sur la trajectoire scolaire et professionnelle des enfants ont été moins étudiées. Deux récentes études contribuent à éclairer cette question. Pour ce faire, elles ont utilisé comme expériences naturelles les crises sévères que les pays scandinaves ont connues au début des années 1990.
dimanche 21 janvier 2024
Le recours au télétravail depuis la pandémie a-t-il stimulé la croissance de la productivité ?
Dans le sillage de l’épidémie de Covid-19, il y a un très fort recours au télétravail ; ce dernier a permis aux travailleurs de continuer de travailler malgré les mesures de confinement et de réduire le risque de contamination. Depuis le retrait des mesures sanitaires et le reflux de la pandémie, le recours au télétravail a certes lui-même reflué, mais il reste beaucoup plus fréquent qu’auparavant,(Bick et alii, 2020 ; Barrero et al., 2021). C’est en particulier le cas aux Etats-Unis : alors que 5 % des journées de travail étaient réalisées à distance avant la pandémie, cette part a atteint un pic de 60 % lors de la pandémie, avant de refluer pour atteindre 30 % fin 2023. L’une des questions qui se pose est de savoir dans quelle mesure le recours assez généralisé du télétravail lors de la pandémie a pu stimuler la croissance de la productivité.
vendredi 29 décembre 2023
Les effets asymétriques des variations du salaire minimum
A partir de fin 2015, l’administration du comté de Johnson, dans l’Iowa, aux Etats-Unis, a relevé à plusieurs reprises le salaire minimum local : celui-ci est passé de 7,25 dollars (correspondant à celui en vigueur dans l'Etat) à 10,10 dollars de l’heure. Le salaire minimum du comté de Johnson est resté élevé pendant dix-sept mois, avant que le gouvernement de l’Etat de l’Iowa abolisse les salaires minima des collectivités locales : le salaire minimum du comté de Johnson est ainsi revenu à 7,25 dollars de l’heure.
mercredi 6 décembre 2023
Comment la qualité de l’emploi a évolué en vingt ans
La question de la qualité de l’emploi est importante, d’une part, pour les travailleurs qui les occupent, dans la mesure où elle influence leur intégration sociale et joue directement sur leur bien-être et, d’autre part, pour les entreprises, dans la mesure où elle influence la productivité des travailleurs et le risque qu’ils démissionnent. Bien-être et productivité ne sont en effet pas antinomiques : les entreprises ont les salariés sont les plus heureux tendent à être plus productives (Krekel et al., 2019).
mercredi 15 novembre 2023
Comment se comporte le taux de chômage naturel lors des reprises
Depuis que Milton Friedman (1968) a introduit le taux le chômage naturel dans son attaque contre la courbe de Phillips, celui-ci est devenu un élément clé de l’analyse macroéconomique mainstream. Chez les nouveaux keynésiens, le taux de chômage naturel est le taux de chômage qui serait observé si l’économie était à l’équilibre ; ce serait celui qui stabiliserait l’inflation. Autrement dit, le maintien du taux de chômage en-dessous du taux naturel se traduirait par des pressions inflationnistes, tandis que le maintien du taux de chômage au-dessus de son niveau naturel se traduirait par des pressions déflationnistes. Les nouveaux keynésiens font l’hypothèse qu’il est à peu près stable au cours du cycle d’affaires, notamment lorsqu’ils se penchent sur le cas de la courbe de Phillips.
jeudi 26 octobre 2023
La pénalité associée à la grand-maternité
Le vingtième siècle a été marqué par un rattrapage des taux d’activité et des salaires des femmes relatives à ceux des hommes (Goldin, 2014). Mais cette convergence a eu tendance à ralentir ces toutes dernières décennies. La littérature a rattaché l’existence et la persistance des inégalités de genre sur le marché du travail aux inégalités de genre dans la répartition du travail domestique, en particulier la garde d'enfants (Bertrand et alii, 2010 ; Meurs et Pora, 2019). Plusieurs travaux ont mis en évidence l’existence d’une véritable « pénalité associée à la maternité », se traduisant par une chute significative et durable des rémunérations des femmes (et non de celle des hommes) immédiatement après l’arrivée du premier enfant (Kleven et al., 2019b ; Kleven et al., 2019a). Or, la garde des enfants en bas âge n'est pas la seule activité dont les femmes prennent en charge de façon disproportionnée. Il y a aussi la garde des petits-enfants.
mardi 26 septembre 2023
Quel est l’impact de l’immigration sur l’emploi dans les régions européennes ?
La part des immigrés dans la population et, en conséquence, dans la main-d’œuvre des pays européens a eu tendance à augmenter : entre 2010 et 2019, la part des personnes nées à l’étranger dans la main-d’œuvre des pays d’Europe de l’Ouest est passée de 12,8 % à 16,2 %. Cette variation a toutefois été très hétérogène d’une région à l’autre (cf. graphique).
mercredi 3 mai 2023
L’IA peut bénéficier de façon disproportionnée aux travailleurs les moins compétents
La littérature économique (Autor et alii, 2003) considère typiquement les nouvelles technologies numériques comme complémentaires aux travailleurs qualifiés (ce qui permet à ces derniers de gagner en efficacité) et substituables avec les travailleurs non qualifiés (si bien que les tâches réalisées par ces derniers sont davantage susceptibles d’être réalisées par les machines). Les avancées informatiques se poursuivent et permettent aux machines de réaliser un éventail toujours plus large de tâches jusqu’à présent réalisables par les seuls travailleurs, notamment qualifiés. C’est le cas de l’intelligence artificielle, dont les effets concrets sur les travailleurs restent à étudier.
jeudi 12 janvier 2023
Où sont passés les travailleurs américains ?
Aux Etats-Unis, les tensions sur le marché du travail ont été très fortes suite à la pandémie. Le taux de chômage s’élevait en novembre dernier à 3,7 % et le taux de postes vacants à 7 %, soit un niveau historiquement élevé (cf. graphique 1). Pour beaucoup, elles s’expliqueraient notamment par une tendance déjà à l’œuvre avant la pandémie, en l’occurrence la baisse du taux d’activité (cf. graphique 2). En effet, lors de la pandémie, le taux de chômage a bondi et le taux d’activité a chuté. Mais alors que le taux de chômage est revenu à son niveau d’avant-crise, le taux d’activité est resté un point de pourcentage inférieur à celui observé en 2019, à la veille de la pandémie.
samedi 17 décembre 2022
Les pénuries de main-d’œuvre stimulent-elles l’automatisation ?
Beaucoup évoquent actuellement des problèmes de recrutement dans les pays développés, sous l'effet de la pandémie de Covid-19. Indépendamment de cette dernière, les pays développés sont susceptibles d'être de plus en plus confrontés aux pénuries de main-d'œuvre, dans la mesure où ils subissent un vieillissement démographique et ne relâchent guère leur politique migratoire. Il paraît évident qu’une situation de pénurie de main-d’œuvre devrait stimuler la robotisation. Pourtant la littérature empirique a peu exploré ce lien de causalité.
dimanche 4 décembre 2022
La pandémie, une « perturbation créatrice » ?
Erling Barth, Alex Bryson et Harald Dale-Olsen (2022) ont étudié les données tirées d’une enquête réalisée en novembre 2020 auprès des entreprises norvégiennes pour observer dans quelle mesure l’épidémie de Covid-19 a bouleversé leurs décisions en matière d’investissements technologiques.
vendredi 11 novembre 2022
Et si nous étions au bord de la déflation ?
L’inflation s’est accélérée à travers le monde depuis le début de l’année 2021 ; les pays développés connaissent par exemple des taux d’inflation qu’ils n’avaient plus observés depuis une quarantaine d’années. En conséquence, les banques centrales tendent à resserrer leur politique monétaire pour ramener les taux d’inflation à un faible niveau. Elles justifient ce resserrement monétaire en faisant l’hypothèse qu’une inflation poussée par les salaires est susceptible d’occasionner une stagflation.
dimanche 25 septembre 2022
Quels sont les effets de la réduction du temps de travail ? Les enseignements de cinq réformes européennes
Les effets de la réduction du temps de travail réglementaire sur l’emploi et les salaires font l’objet de grands débats parmi les économistes. Les plus optimistes pensent qu’une baisse du temps de travail stimule l’emploi en obligeant les entreprises à embaucher : c’est la théorie du « partage du travail » (Drèze, 1986). L’idée de base est simple : si les entreprises ont besoin d’un volume de travail donné, une baisse du temps de travail doit conduire mécaniquement à une hausse du nombre de travailleurs en emploi.
mercredi 14 septembre 2022
Ce que les contaminations à la Covid-19 font aux travailleurs
Les personnes qui tombent malades de la Covid-19, mais qui en survivent, peuvent en conséquence souffrir ultérieurement de problèmes de santé, notamment d’une fatigue chronique, de dommages aux organes et des problèmes cardiovasculaires. Or, de tels problèmes sont susceptibles de réduire l’offre de travail, en poussant les travailleurs contaminés à réduire leur temps de travail, voire à quitter la population active.