La science économique manque de diversité. Les femmes et les minorités ethniques sont sous-représentées dans la profession des économistes, que l’on regarde relativement à l’ensemble de la population ou bien relativement aux autres disciplines universitaires (Bayer et Rouse, 2016 ; Lundberg et Stearns, 2019 ; Ginther et Kahn, 2021 ; Sagot, 2021). Cela signifie que la science économique risque de se priver de talents et de souffrir d'une étroitesse de points de vue, c’est-à-dire de manquer d'« efficacité », notamment dans sa formulation de propositions en matière de politiques publiques.
samedi 4 novembre 2023
L’économie, la discipline la plus élitaire ?
lundi 21 août 2023
Quelles sont les spécificités de la macroéconomie européenne ?
La science économique a eu tendance à s’internationaliser et à se standardiser en Europe à partir des années 1970, en l’occurrence en adoptant des standards de l’économie américaine. Aurélien Goutsmedt et Alexandre Truc (2023) ont cherché à identifier si la macroéconomie orthodoxe européenne présente des spécificités, notamment relativement à la macroéconomie américaine. En utilisant l’analyse bibliométrique et la modélisation de sujets, ils ont étudié les publications de la revue European Economic Review entre 1969, date de sa création, et 2002 et comparé celles-ci avec les publications du « top five », c’est-à-dire des cinq plus grandes revues en science économique, en l’occurrence l’American Economic Review, le Journal of Political Economy, Econometrica, le Quarterly Journal of Economics et la Review of Economic Studies.
mardi 7 décembre 2021
Pourquoi peu d’économistes travaillent sur le changement climatique ?
Le changement climatique est considéré comme l’un des problèmes les plus importants, si ce n'est el plus important, auquel l’humanité fait actuellement face. Plusieurs études suggèrent notamment qu’il provoquera d’importants dommages économiques, que les mesures adoptées pour le freiner sont elles-mêmes susceptibles de pénaliser l'activité économique, du moins à court terme, etc.
Les économistes ont donc a priori toutes les raisons de s'y intéresser. Pourtant, ils sont relativement peu à travailler sur le sujet. Selon Andrew Oswald et Nicholas Stern (2019), qui notent le très faible nombre d’articles portant sur le thème du changement climatique dans les revues les plus prestigieuses, la science économique serait piégée dans un véritable « équilibre de Nash sous-optimal » : chaque économiste serait peu incité à travailler sur ce thème précisément parce que les autres économistes ne travaillent pas dessus. En l’occurrence, les économistes délaisseraient la question du changement climatique parce qu’ils penseraient qu’ils ont peu de chances de voir un article traitant de ce thème être publié par une revue prestigieuse.
vendredi 24 septembre 2021
Keynes et les classiques : une proposition de réinterprétation
Très rapidement après sa publication, la pensée keynésienne n’a plus été discutée à partir de la lecture de la Théorie générale, mais de la reformulation mathématique de celle-ci par John Hicks (1937). Ce dernier, qui voulait déterminer en quoi la vision keynésienne se distinguait de la théorie « classique », a posé les jalons de ce qui finira par constituer le modèle IS-LM. Ce modèle est devenu une pierre angulaire du keynésianisme orthodoxe dans les décennies d’après-guerre, mais beaucoup d’économistes d’obédience néoclassique, notamment ceux regroupés dans l’école monétariste, l’adoptèrent également pour présenter leur point de vue et l’opposer à celui des keynésiens. Son usage a ainsi contribué à faire émerger la croyance qu’une synthèse néoclassique était à l’œuvre.
mercredi 25 août 2021
L’inflation de documents de travail pèse sur la recherche économique
La publication des travaux dans les revues prennent beaucoup de temps en science économique (en moyenne, plus de deux ans), beaucoup plus que dans les autres sciences (environ 6 mois pour les sciences « dures ») et notamment dans les autres sciences sociales (environ 13 mois en sociologie, psychologie et science politique) (Hadavand et alii, 2021). Par contre, relativement aux autres scientifiques, les économistes ont davantage tendance à publier des documents de travail, ce qui leur permet de diffuser rapidement leurs résultats malgré la longueur du processus de publication dans les revues.